Cadre écologique national pour le Canada (2 de 23)

Rapport des données d'attribut

Aperçu

Origines du cadre écologique national

Depuis la fin des années 1960, les gouvernements, les organisations non gouvernementales, les universités et l'industrie ont conjugué leurs efforts en vue d'élaborer un cadre écologique hiérarchique et une terminologie connexe. Le projet a pris son véritable essor au cours des années 1970 à la suite de la création du Comité canadien de la classification écologique du territoire.

En 1991, sous les auspices du Groupe de travail sur la stratification écologique, un certain nombre d'organismes du gouvernement fédéral, en collaboration avec les gouvernements provinciaux et territoriaux, ont entrepris de revoir le travail déjà accompli et d'établir un cadre écologique commun pour le Canada. Le groupe de travail a centré son attention sur trois niveaux prioritaires de stratification, à savoir les écozones, les écorégions et les écodistricts.

Pour mener à bien cette initiative, il fallait penser, agir et planifier en fonction des écosystèmes. En d'autres mots, il fallait cesser de mettre l'accent sur les diverses constituantes des écosystèmes pour privilégier une approche plus globale. L'élaboration d'un cadre écologique national en vue d'obtenir le contexte spatial national cohérent voulu pour décrire et surveiller l'évolution des écosystèmes à divers niveaux de généralisation et en rendre compte s'imposait comme une nécessité. L'utilisation d'unités écologiques normalisées facilite la communication et l'échange de rapports entre les divers gouvernements et les diverses disciplines. À court terme, il importait d'établir une base commune pour rendre compte de l'état de l'environnement et de la pérennité des écosystèmes du Canada. Les concepts et la hiérarchie établis pour la classification écologique par le Comité canadien de la classification écologique du territoire au cours des années 1970 et 1980 (Groupe de travail sur la stratification écologique, 1996; Ironside, 1991) ont servi de guide général pour la révision du cadre national.

On trouvera dans "Cadre national écologique pour le Canada", rapport national rendu public par le Groupe de travail sur la stratification écologique en 1996, une description de la méthodologie utilisée pour l'élaboration des cartes du cadre écologique, des précisions sur les concepts sous-tendant les niveaux hiérarchiques de généralisation, des descriptions narratives de chaque écozone et écorégion et des liens qui les réunissent aux diverses sources de données, des exemples d'applications du cadre et une liste des partenaires et des organismes participants.

Bien que six cartes régionales des écodistricts couvrant l'ensemble du Canada aient été produites séparément, aucune description des écodistricts n'accompagnait ces cartes (Groupe de travail sur la stratification écologique, 1995). Faute de temps, seule une base de données d'attribut limitée accompagnant les cartes a pu être préparée (Selby et Santry, 1996).

Développements récents

Un certain nombre de nouveaux documents associés au cadre écologique ont été publiés à la suite du rapport principal en 1996. Ces documents présentent les résultats d'études plus approfondies de portée provinciale, nationale ou nord-américaine. Parmi ces documents, mentionnons :

  • Ecoregions of British Columbia (4e édition révisée, 1996);
  • Ecoregions of Saskatchewan (1998);
  • Terrestrial Ecozones, Ecoregions and Ecodistricts of Manitoba;
  • Ecoregions and ecodistricts of Nova Scotia (1999);
  • A Perspective on Canada’s Ecosystems, par le Conseil canadien des aires écologiques (CCAE, 1996); ce document fournit une description détaillée des écozones terrestres de l'ensemble du Canada;
  • Les régions écologiques de l'Amérique du Nord : vers une perspective commune (Commission de coopération environnementale de l'ALENA, 1997); ce document fournit une perspective intégrée des régions écologiques à l'échelle du continent).
Durant l'élaboration de la perspective nord-américaine, un nouveau niveau de généralisation compris entre l'écozone et l'écodistrict, l'écoprovince, a été ajouté au cadre écologique national (Marshall et al., 1998). En 1999, une base de données révisée et enrichie de nouveaux attributs (Marshall et al., 1999) a remplacé la version précédente (Selby et Santry, 1996). Cette nouvelle base de données inclut des données pour les écoprovinces.

Classification écologique des terres

La classification écologique du territoire est 

"une méthode de définition et de classification de régions de la surface terrestre présentant des caractéristiques écologiques propres. Chaque région constitue un nsemble distinct résultant de l'entremêlement et de l'interaction des facteurs présents : formes de relief, eau, sols, végétation, climat, faune et influence humaine. L'importance relative de ces facteurs varie en fonction des régions. Cette approche globale à la classification des terres peut s'appliquer progressivement et proportionnellement tant aux écosystèmes les plus limités qu'aux vastes écosystèmes. " (Wiken, 1986)

Le principe fondamental sous-jacent au découpage du territoire en unités écologiques consiste à saisir les principales constituantes écologiques de chaque unité et à préciser les liens qui existent entre elles (p. ex. formes de terrain, sols, eau et végétation), et non pas à traiter séparément chacune de ces constituantes comme autant de caractéristiques distinctes du paysage.

Les points-clés de l'application de la classification écologique des terres à la délimitation d'unités cartographiques écologiques sont précisés dans le tableau présenté ci-dessous (Commission de coopération environnementale, 1997; Wiken et Gauthier, 1996).


Points-clés de la classification écologique des terres

  • La classification écologique des terres prend en compte toutes les principales composantes des écosystèmes : l'air, l'eau, les terres et les organismes vivants, dont les humains.
  • Elle procède d'une approche globale - la somme des constituantes est plus grande que le tout qu'elles déterminent.
  • Le nombre et l'importance relative des facteurs permettant de délimiter les unités écologiques varient d'une région à l'autre, quel que soit le niveau de généralisation considéré.
  • La classification repose sur une hiérarchie reconnaissant la présence d'écosystèmes restreints dans d'autres écosystèmes plus vastes.
  • Elle requiert l'intégration des connaissances et ne se limite pas à un simple processus de superposition.
  • Elle prend en compte le fait que les écosystèmes sont interactifs et que les caractéristiques des écosystèmes se fondent avec celles des écosystèmes qui les entourent. 
  • Le système de classification reconnaît que les lignes cartographiques correspondent généralement à l'emplacement des zones de transition.

Les écosystèmes sont à la fois nombreux et complexes. La difficulté consiste à faire en sorte que les unités cartographiques écologiques reflètent bien cette complexité, tout en étant simples à utiliser et à interpréter. Il convient également de noter que si la classification écologique des terres a un fondement scientifique, elle devient également un art dans la mesure où les cycles écologiques, les caractéristiques et les interactions ne sont pas toujours apparents ou faciles à mesurer et doivent par conséquent être interprétés à la lumière des indices fournis par divers facteurs comme le développement de la végétation et des sols, les formes de terrain, etc.

En plus de différer considérablement entre eux, les écosystèmes déterminent une hiérarchie à plusieurs niveaux de généralisation prévoyant l'inclusion des écosystèmes plus restreints dans des écosystèmes de plus en plus vastes. L'adoption d'un système hiérarchique permet d'inclure des détails en fonction des objectifs de gestion et des usages proposés. Comme les processus de prise de décisions liées à la gestion et à d'autres secteurs d'activité ont un retentissement à divers niveaux, depuis le niveau local et régional jusqu'au niveau national et même international, une des exigences essentielles d'un système de classification écologique des terres est de décrire les écosystèmes à une échelle, portée et intensité convenant aux fins visées.

Bien que le concept d'écosystème accorde la même importance à toutes les composantes (sols, climat, végétation, etc.), celles-ci peuvent ne pas avoir le même poids relatif le long du gradient hiérarchique (certaines peuvent jouer un rôle plus déterminant que d'autres). La dominance ou l'importance d'un facteur donné en ce qui a trait à sa capacité de définir l'expression spatiale d'un écosystème à chaque niveau de généralisation peut varier considérablement. Idéalement, les critères discriminants sont fondés sur des composantes permanentes des écosystèmes, c'est-à-dire des caractéristiques qui changent très peu dans le temps, comme les caractéristiques géologiques, les matériaux superficiels, la forme de terrain ou les plans d'eau. À un niveau de généralisation donné, l'importance relative des composantes peut varier d'une unité écologique à l'autre, de même que leurs relations et processus. Par exemple, les écosystèmes du nord de l'Ontario sont caractérisés par le substrat rocheux du Bouclier canadien, des sols peu profonds et de nombreux lacs, tandis que ceux du sud de l'Ontario présentent une assise rocheuse sédimentaire recouverte par des sols profonds et comportent moins de lacs. Ces facteurs influent sur d'autres caractéristiques comme l'habitat, la croissance de la végétation et la productivité.

Si l'objet premier du découpage du territoire en unités écologiques individuelles est de saisir les principales composantes écologiques et les relations qui existent entre chacune d'elles, il importe également d'en déterminer l'abondance et la répartition. L'abondance fait référence aux quantités relatives des composantes dans chaque unité cartographique, tandis que la répartition correspond à la distribution verticale et horizontale de ces composantes. Cette approche s'oppose directement à la cartographie des ressources sectorielles considérées comme autant de composantes individuelles indépendantes. Les classifications sectorielles conviennent pour des objectifs particuliers et permettent de répondre à des besoins bien précis. Elles s'avèrent toutefois plus limitées lorsqu'il s'agit de rendre compte de l'état de l'environnement ou de sa pérennité, car il devient alors important d'examiner les liens entre les questions et parmi les diverses composantes de l'écosystème. Pour sa part, la classification écologique, à un niveau de généralisation donné, délaisse les détails précis qui relève d'inventaires intéressant un secteur particulier (p. ex. foresterie) au profit de données plus globales concernant plusieurs secteurs.

La description cartographique des écosystèmes n'est pas une tâche simple. Les écosystèmes sont par nature très dynamiques et interagissent entre eux. Ils n'ont pas de limites bien définies. La difficulté consiste à rendre compte de la complexité des écosystèmes au moyen d'unités cartographiques appropriées. Pour établir les limites d'un écosystème, il faut supposer que sa structure est significativement différente de celle des écosystèmes qui l'entourent. Comme la classification des terres repose sur de nombreux facteurs, il est essentiel, pour être en mesure de tracer les limites des unités écologiques sur une carte écologique, de bien comprendre les processus génétiques (ou les origines) et les causes des différences entre ces unités, par opposition aux effets. Par exemple, la limite entre l'écodistrict des landes du Cap-Breton et l'écodistrict adjacen du plateau du Cap-Breton trouve sa principale origine dans les conditions climatiques extrêmes et le sol peu profond qui inhibent la croissance de la végétation. À l'échelle moyenne (écorégions et écodistricts), la forme de terrain et la répartition des formes de terrain, avec son assise géologique, la forme de sa surface et son relief, se révèlent d'importants critères pour l'établissement de limites.. Par exemple, la plaine de till à drumlins de l'écodistrict des drumlins de Lunenburg permet de séparer ce dernier de l'écodistrict Rossignol adjacent, caractérisé par une topographie moins accidentée et par des terres humides plus étendues (Webb et Marshall, 1999).

Les écosystèmes peuvent être naturels ou fortement modifiés par les activités humaines, en particulier l'urbanisation. L'utilisation des terres et d'autres facteurs humains peuvent influer sur la nature et l'étendue de certains types d'écosystèmes. Dans certains cas, les activités humaines peuvent avoir des effets déterminants et perturber considérablement les processus écologiques et les caractéristiques d'une région. C'est le cas, notamment, de l'agriculture dans les prairies des provinces des Prairies, ou encore du développement urbain et de l'agriculture dans les forêts caroliniennes du sud de l'Ontario. Idéalement, les limites reflètent les facteurs qui régissent la distribution des écosystèmes à diverses échelles, de manière à ce qu'on puisse les reconnaître, les comparer et les appliquer en faisant abstraction des activités humaines et des autres perturbations naturelles.